Des groupes d'assaillants, dont des salafistes, se sont affrontés avec les forces de l'ordre dans plusieurs endroits de la capitale tunisienne dans la nuit de lundi à mardi, et ont attaqué des locaux administratifs, a indiqué mardi le ministère de l'intérieur, faisant état de 46 arrestations. Une enquête a été ouverte.
Les violences - attaques contre des bâtiments administratifs et affrontements avec les forces de l'ordre - se sont produites en fin de soirée dans plusieurs cités populaires de l'ouest de Tunis, Intilaka, Ettadhamen et Essijoumi, ainsi que dans la chic banlieue nord à La Marsa, Carthage, Le Kram. Les groupes d'assaillants étaient "mixtes" et mêlaient "des gens de la mouvance salafiste et des malfaiteurs", a indiqué le ministère de l'intérieur faisant état de sept blessés légers chez les policiers.

L'incident le plus grave s'est produit à Essijoumi, où le tribunal a été attaqué et le bureau du procureur totalement incendié. "Il y a beaucoup de destructions, et des ordinateurs ont été volés. C'est grave car le tribunal représente la souveraineté de l'Etat", a déclaré le procureur de la République Amor Ben Mansour. Il a précisé que "des citoyens s'étaient mobilisés pour défendre" le bâtiment. Un camion de la protection civile a aussi été brûlé au milieu de la rue.
"ACTE TERRORISTE"
Le ministre de la justice, Nourredine Bhiri, a dénoncé "un acte terroriste" et promis que les coupables allaient le "payer cher". "Ce sont des groupes terroristes qui perdent leur sang-froid, ils sont isolés dans la société", a-t-il déclaré sur la radio Shems FM. Les violences ont également touché les cités populaires d'Ettadhamen, où un poste de la garde nationale a été incendié, et Intilaka, où la tension restait vive mardi matin, selon un photographe de l'AFP.
Les troubles seraient en partie liés à de précédents incidents suscités par une exposition artistique, le "Printemps des arts" à La Marsa, qui a suscité la fureur d'islamistes en raison d'œuvres jugées blasphématoires. L'un de ces tableaux considérés comme "portant atteinte au sacré" représente des fourmis qui forment le nom d'Allah. D'autres exposent des caricatures de La Mecque et d'un homme barbu avec de longues dents ou encore le portrait d'une femme nue.
La tension est montée dimanche lorsque des salafistes accompagnés d'un avocat et d'un huissier ont ordonné aux organisateurs d'enlever les toiles controversées. La menace a été contrée par une mobilisation de forces de l'ordre, de la société civile et de personnalités politiques venues "défendre la liberté d'expression et de création", selon le mot d'ordre lancé sur le site Facebook.
Le palais Abdellia, qui abrite l'exposition, a été lundi soir, pour la deuxième nuit consécutive, ciblé par des assaillants, selon des témoignages concordants. Plusieurs œuvres avaient déjà été détruites dans la nuit de dimanche à lundi par des groupes qui s'étaient introduits dans le palais. Le directeur de l'exposition, Luca Luccatini, a déposé plainte et estimé que ces actes étaient le résultat d'un mélange de "fanatisme, de manipulation, de volonté d'être médiatisé".
"DÉVELOPPEMENT DANGEREUX"
Nombre de Tunisiens s'interrogeaient cependant mardi matin sur le caractère simultané des troubles et l'identité des assaillants. La mouvance salafiste, qui occupe le devant de la scène depuis des mois en Tunisie et dont les actes sont de plus en plus violents, était pointée du doigt. Plusieurs internautes et commentateurs ont relevé que ces violences survenaient deux jours après l'appel du chef d'Al-Qaida Ayman Al-Zawahiri, qui a exhorté les Tunisiens à se soulever pour réclamer l'application de la charia. D'autres encore évoquaient un complot d'anciens RCDistes (parti dissous de l'ex-président Ben Ali) pour déstabiliser le pays et reprendre le pouvoir.
Un autre incident s'est produit dans la nuit de mardi à Jendouba, dans le nord-ouest du pays, où le bureau régional de la puissante centrale syndicale UGTT a été incendié mardi vers 2 heures du matin par des groupes salafistes, selon l'agence TAP. Le secrétaire général de l'UGTT, Hocine Abassi, a évoqué un "développement dangereux" et appelé les syndicalistes à "protéger les sièges régionaux de l'UGTT". Jendouba avait connu fin mai de violents incidents lorsque des salafistes avaient incendié des postes de police et attaqué des établissements vendant de l'alcool.



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