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Sunday, 24 June 2012
Caroline Fourest: Le Trompe-L'oeil Egyptien Bookmark and Share

Le trompe-l'oeil égyptien

LE MONDE |


L'affiche du second tour de la présidentielle en Egypte a de quoi frustrer la jeunesse du Caire. Elle qui a fait la révolution pour écrire une page nouvelle et se retrouve à devoir choisir entre deux vieux démons : Ahmed Chafik, ancien premier ministre chargé de la répression, et Mohamed Morsi, le candidat intégriste des Frères musulmans.

Les démocrates laïques envisagent le boycottage, mais pas l'inaction. La place Tahrir est de nouveau investie. Le quartier général de campagne du candidat des militaires a été incendié, le compte Twitter des Frères musulmans piraté. Dans les urnes, le parti a reculé depuis la consultation des législatives.

Même s'ils restent en tête, les Frères ont perdu bien du crédit en donnant le sentiment de composer avec les militaires. Rien de très nouveau. La confrérie a toujours louvoyé entre opposition radicale de façade et négociations politiciennes de coulisses, sous le protectorat et la monarchie. Nasser, qui avait compris leur jeu, leur offrit le rôle de martyr en les réprimant d'une façon terrible, jusqu'à faire oublier que les démocrates laïques étaient aussi emprisonnés et torturés...

Encore aujourd'hui, les intégristes restent les mieux organisés, grâce à leurs mécènes et à leur réseau de mosquées, pour apparaître comme la seule alternative. Notamment dans les campagnes, misérables, où ils sont parfois les seuls à assurer un semblant d'Etat. Il suffit de peu dans un pays qui compte plus de 70 % d'analphabètes et 42 % d'habitants vivant avec moins de 2 dollars par jour... A la vue de ces chiffres, nul ne pouvait douter qu'une révolution profiterait, dans un premier temps, aux Frères musulmans.

Dans le scénario imaginé par leur fondateur, Hassan Al-Banna, ses envoyés allaient convertir en profondeur plusieurs peuples et faire tomber, comme un fruit mûr, les régimes en place. Héros de cette nouvelle "indépendance" et moteur d'une internationale islamiste, ils se voyaient gouverner pour plusieurs décennies et mettre en place leur credo : "Le Coran est notre Constitution." Lentement mais sûrement, ce scénario se réalisait, jusqu'à l'accident. Ce jour où l'Histoire a trébuché et où toute une jeunesse - pas seulement islamiste - s'est soulevée.

Tout est possible

C'est le paradoxe que ne comprennent pas ceux qui regardent ce "printemps" et son "automne" comme le scénario du pire. Les islamistes, c'est vrai, n'ont jamais été si présents dans tous les gouvernements du monde arabe... Mais la dynamique des décennies à venir n'est plus entièrement de leur côté. Une autre voie se dessine enfin, portée par une jeunesse connectée à Internet, dévoreuse de débats contradictoires, et bien décidée à transformer ces révolutions en chemin vers la démocratie réelle, c'est-à-dire l'alternance.

Si la première génération de gouvernements issus de ces élections rend les clés en fin de mandat, tout est possible. Les islamistes se frottent déjà à la dure réalité du pouvoir et de la responsabilité. Leurs belles promesses se fracassent sur l'autel de la crise économique.

Voiler les femmes ne suffira pas à faire oublier le chômage à l'origine des révoltes. Le feu n'est pas éteint. Il couve sous les cendres et peut repartir à tout instant. La seule question est quand ?

Posted on 06/24/2012 9:08 PM by Hugh Fitzgerald
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